
Ces robots qui nous ressemblent
Quand le design devient un enjeu d’acceptation sociale
Planète Robots, #95, Jan–Fév 2026
L'article montre que pour accepter un robot humanoïde, plutôt que de s'attarder sur ses performances techniques, nous sommes davantage attentifs à la cohérence entre son design, son comportement et nos projections psychologiques (émotions, archétypes, culture). Des phénomènes comme la Vallée de l'étrange y jouent un rôle clé.
Dès la conception, les choix éthiques et culturels sont déterminants pour que les robots s'adaptent aux contextes et aux valeurs humaines, plutôt que l'inverse
These robots that look like us
When design becomes a matter of social acceptance
Planète Robots, #95, Jan–Feb 2026
The article shows that when it comes to accepting a humanoid robot, rather than focusing on its technical performance, we pay more attention to how well its look and behavior fit with our psychological projections (emotions, archetypes, culture). Phenomena such as the Uncanny Valley play a key role in this.
From the early design stage, ethical and cultural choices are decisive so that robots adapt to human contexts and values, rather than the other way around.
Version originale complète
Compleet original version
IntroductionComportement, interaction et psychologie : le miroir de nos attentesAu-delà de l'apparence : le réalisme des comportements
L'Uncanny Valley : transformer une contrainte en opportunité
L'approche du designer : Des émotions primaires au projections subjectives
Le robot comme compagnon : projections et archétypes
Le robot genré : l'Anima et l'AnimusEsthétiques et styles visuels : une galerie des possiblesComment approcher une classification
Les styles selon le contexte d'utilisation
Les designs ambiguës à maîtriser
La voie de la neutralitéContexte socioculturel et éthique : Les enjeux du designUn paradoxe face à l'inconnu
Les variations culturelles géographiques
Premières réponses aux questions éthiques liées à la "promesse" du design
Itérations d'architectures et réglementationConclusion : choisir les robots que nous méritons
IntroductionBehavior, interaction and psychology: a mirror for our expectationsBeyond appearance: how realistic are the behaviors?
The Uncanny Valley: turning a constraint into an opportunity
The designer's approach: from primary emotions to subjective projections
The robot as companion: projections and archetypes
The gendered robot: Anima and AnimusAesthetics and visual styles: a gallery of possibilitiesHow to apply a classification
Styles by context of use
Ambiguous designs, to handle with care
The path to neutralitySociocultural and ethical context: The stakes of designA paradox when facing the unknown
Geographic and cultural variations
Early answers to the ethical questions raised by the "promise" of design
Architecture iteration and regulationConclusion: choosing the robots we deserve
IntroductionDepuis un peu plus d'un an, portés par de nouvelles start-ups, les réseaux sociaux se sont emparés d'une nouvelle fascination : des robots humanoïdes boostées à l'IA aux comportements troublants de réalisme. Ces démonstrations spectaculaires posent de nouvelles questions de société. Jusqu'où voulons-nous qu'une machine nous ressemble ? Quelle autonomie souhaitons-nous laisser à ces futurs "assistants" ? Quel degré de confiance pouvons-nous leur accorder ?Pour la plupart d'entre nous, ces interrogations relevaient hier encore de la science-fiction. Pourtant depuis plusieurs décennies, elles font le quotidien d'une poignée de professionnels de la santé et de leurs patients équipés de prothèses et orthèses avancées. Car à travers une collaboration quotidienne, l'utilisateur créer un attachement avec sa main bionique ou son exosquelette de marche. Ces prolongements de leur corps transforment cette question fonctionnelle en interrogation profonde sur notre humanité même.Aujourd'hui, nous franchissons ce seuil dans d'autres domaines. Ce retour d'expérience se transpose parfaitement au cas général du robot humanoïde, qu'il s'agisse d'un assistant domestique ou d'un cobot industriel. Ces machines ne sont plus de simples curiosités techniques, elles s'apprêtent à partager nos espaces de vie, nos lieux de travail, peut-être même nos moments d'intimité.Des acteurs français comme Enchanted Tools ou Wandercraft, inspirés par l'excellence d'Aldebaran, développent une vision singulière de cette robotique : une "Humanoid French Touch" où l'esthétique dialogue avec l'usage. Sur d'autres continents, nos ingénieurs sont recherchés et reconnus pour apporter une valeur qualitative dans leur développement. C'est l'héritage de notre culture d'un design soigné, où chaque détail d'un objet doit raconter une histoire de manière implicite, créer du sens. Cette identité prend sa source dans cet artisanat du luxe "à la française" qui fait déjà notre renommée mondiale depuis plusieurs siècles.La question n'est donc plus "pouvons-nous créer des robots humanoïdes ?", mais "quels robots voulons-nous créer ?". Car derrière chaque choix de design, une peau translucide ou opaque, des yeux expressifs ou neutres, une voix chaleureuse ou mécanique, se cache une projection de ce que nous sommes, d'un idéal que nous recherchons ou d'une peur que nous tentons d'apprivoiser. Nous acceptons (ou pas) une machine intelligente non pas simplement parce qu'elle fonctionne, mais parce qu'elle résonne avec notre identité et nos valeurs.
IntroductionFor a little over a year now, driven by a wave of new start-ups, social media has been captivated by a new fascination: AI-powered humanoid robots whose behavior is unsettlingly realistic. These spectacular demonstrations raise new questions for society. How far do we want a machine to resemble us? How much autonomy are we willing to give these future "assistants"? How much trust can we place in them?For most of us, these questions still belonged to science fiction not long ago. Yet for several decades now, they've been part of daily life for a handful of healthcare professionals and their patients fitted with advanced prostheses and orthoses. Through daily collaboration, the user forms an attachment to their bionic hand or walking exoskeleton. These extensions of the body turn a functional question into a deep inquiry about our own humanity.Today, we're crossing that same threshold in other fields. This experience translates neatly to the general case of the humanoid robot, whether it's a home assistant or an industrial cobot. These machines are no longer mere technical curiosities — they're about to share our living spaces, our workplaces, perhaps even our most intimate moments.French players such as Enchanted Tools and Wandercraft, inspired by the excellence of Aldebaran, are developing a distinctive vision of this robotics field: a "Humanoid French Touch" where aesthetics and function speak to each other. On other continents, our engineers are sought after and recognized for the qualitative value they bring to development. This is the legacy of a culture built on careful design, where every detail of an object must tell an implicit story, must create meaning. This identity has its roots in the "French-style" luxury craftsmanship that has made our worldwide reputation for centuries.The question is no longer "can we create humanoid robots?" but "which robots do we want to create?" Because behind every design choice — a translucent or opaque skin, expressive or neutral eyes, a warm or mechanical voice — lies a projection of who we are, of an ideal we're chasing, or a fear we're trying to tame. We accept (or reject) an intelligent machine not simply because it works, but because it resonates with our identity and our values.
Comportement, interaction et psychologie : le miroir de nos attentes
Behavior, interaction and psychology: a mirror for our expectations
Au-delà de l'apparence : le réalisme des comportementsUn robot peut avoir l'apparence la plus séduisante, il sera rejeté si son comportement trahit nos attentes. Prenons un exemple simple comme la vitesse de mouvement. Un bras robotique qui se déplace trop rapidement et bruyamment dans un espace partagé déclenche un réflexe de peur, même s'il est objectivement sûr. À l'inverse, un robot trop lent frustre et perd en crédibilité. Il existe une "chorégraphie" acceptable, variable selon les contextes.L'expressivité faciale constitue un terrain miné. Nous scrutons inconsciemment 43 muscles faciaux pour décoder les émotions humaines. Un robot qui en simule 15 peut sembler expressif… ou profondément faux. Pire encore, le timing des expressions décalées, un sourire qui persiste trop longtemps, un regard qui ne cligne jamais, génèrent un malaise diffus. C'est le cœur de l'Uncanny Valley.La voix porte une charge émotionnelle considérable. Les assistants vocaux actuels comme Alexa ou Siri ont soigneusement calibré leur ton : suffisamment humain pour être agréable, suffisamment artificiel pour ne pas tromper. Mais quand cette voix émane d'un corps, l'attente change radicalement. Nous avons moins de tolérance pour une voie artificielle provenant d'un robot humanoïde que d'un haut-parleur.Le langage corporel des bras et la dextérité manuelle en particulier jouent un rôle crucial. Nos mains accomplissent sans qu'on y pense des gestes variés d'une complexité stupéfiante : saisir un œuf sans le briser, serez la main d'un collègue, transvaser des liquides entre deux récipients, manipuler un tournevis avec force et précision, soulever un pack d'eau minérale… Les robots humanoïdes actuels progressent rapidement dans ce domaine, mais restent loin de notre agilité naturelle. Cette limitation influence fortement les usages envisageables et l'acceptation sociale.
Beyond appearance: how realistic are the behaviors?A robot can look as appealing as possible, yet still be rejected if its behavior betrays our expectations. Take something as simple as movement speed. A robotic arm that moves too fast and too loudly in a shared space triggers a fear reflex, even if it's objectively safe. Conversely, a robot that's too slow becomes frustrating and loses credibility. There's an acceptable "choreography," and it varies by context.Facial expressiveness is a minefield. We unconsciously scan 43 facial muscles to decode human emotion. A robot simulating 15 of them might seem expressive… or deeply fake. Worse still, mistimed expressions — a smile that lingers too long, a gaze that never blinks — create a diffuse unease. This is at the heart of the Uncanny Valley.Voice carries a considerable emotional weight. Current voice assistants like Alexa or Siri have carefully calibrated their tone: human enough to feel pleasant, artificial enough not to mislead. But once that voice comes from a body, expectations shift dramatically. We're far less tolerant of an artificial voice coming from a humanoid robot than one coming from a speaker.Arm body language, and hand dexterity in particular, play a crucial role. Without even thinking about it, our hands perform an astonishing range of complex gestures: picking up an egg without cracking it, shaking a colleague's hand, pouring liquid between two containers, handling a screwdriver with force and precision, lifting a pack of bottled water… Today's humanoid robots are progressing quickly in this area, but they're still far from our natural dexterity. This limitation strongly shapes which uses are realistic, and how well the robots are accepted.
L'Uncanny Valley : transformer une contrainte en opportunitéLe concept de la "vallée de l'étrange" (Uncanny Valley), formulé par le roboticien japonais Masahiro Mori en 1970, décrit un phénomène troublant : notre empathie pour les robots augmente avec leur ressemblance humaine… jusqu'à un point critique où elle s'effondre brutalement. Un robot stylisé comme Pepper ou Mirokaï nous attendrit. Un robot avec un visage presque humain comme Sophia nous trouble. Mais un humain réel nous rassure totalement.
The Uncanny Valley: turning a constraint into an opportunityThe concept of the "Uncanny Valley," coined by Japanese roboticist Masahiro Mori in 1970, describes an unsettling phenomenon: our empathy for robots grows with their human likeness… until it hits a critical point, where it collapses sharply. A stylized robot like Pepper or Mirokaï wins us over. A robot with an almost-human face like Sophia unsettles us. But a real human reassures us completely.


The Uncanny Valley : la vallée de l'étrange met en relation le degré de ressemblance humaine d'un objet ou d'un être avec l'affect qu'il suscite chez l'observateur.Pourquoi cette chute ? Plusieurs hypothèses coexistent. L'explication évolutionniste suggère que nos ancêtres devaient détecter les signes de maladie ou de mort imminente. Un visage ou une main presque humain mais légèrement "faux" activerait ces alarmes ancestrales. L'hypothèse cognitive pointe une dissonance. En observant une apparence humaine, notre cerveau attend un comportement humain complet. Tout détail "anormal" crée une rupture et focalise l'attention.Alors comment dépasser cette vallée ? Certains chercheurs suggèrent que l'Uncanny Valley n'est qu'une phase temporaire. Plus nous côtoierons des robots réalistes, plus notre cerveau s'adaptera progressivement. D'autres pensent que la vallée sera franchie par un évènement contraint et soudain, obligeant à assumer l'artificialité au quotidien. Dans les deux cas, « l'affinité » ressentie face à un robot reste un critère subjectif et global, qui dépend pour chacun de multiples facteurs (culture, exposition, contexte…) qui évoluent avec les générations.De la même manière, la courbe inversée présentée ici, associant une personne malade ou en situation de handicap visible à une méfiance ou un rejet, ne décrit aucune réalité objective ni souhaitable : elle ne fait qu'illustrer des réflexes instinctifs primaires ou des à-priori sociétaux inconscients, et non un jugement sur la valeur, l'humanité ou l'acceptabilité de ces personnes. Heureusement ces biais sont le plus souvent atténués, voire annulés, par la connaissance, l'empathie et nos actions solidaires au quotidien.D'ailleurs, la main bionique destinée aux personnes amputées y contribue, mais pas de la façon dont Mori l'envisageait. Dans son essai, il ne cite la prothèse myoélectrique que comme un exemple de ce qui bascule dans la vallée : sa ressemblance presque parfaite avec une main réelle, trahie par sa froideur ou la rigidité de sa poignée, provoque un malaise plutôt qu'une adhésion. Certains chercheurs ont d'ailleurs reproché à ce passage une vision validiste, faisant peser sur la personne handicapée la responsabilité du trouble ressenti par l'observateur.
C'est pourtant l'inverse qui se produit aujourd'hui : en généralisant les prothèses et exosquelettes comme des objets de soin, d'autonomie et de performance, nous changeons le regard porté sur la technologie humanisée. Cette valorisation positive, née des usages médicaux, prépare probablement le terrain pour une meilleure acceptation des robots humanoïdes.Et effectivement, aujourd'hui, nous constatons qu'en humanisant progressivement la technologie à travers les cas d'usage des prothèses et exosquelettes, nous préparons le terrain pour mieux accepter les robots humanoïdes.
The Uncanny Valley: this graph plots an object's or being's degree of human likeness against the emotional response it triggers in the observer.Why this sudden drop? Several hypotheses coexist. The evolutionary explanation suggests our ancestors needed to detect signs of illness or impending death. A face or hand that's almost human but slightly "off" would trigger those ancestral alarms. The cognitive hypothesis points to a dissonance: seeing a human-like appearance, our brain expects fully human behavior. Any "abnormal" detail creates a rupture and grabs our attention.So how do we get past this valley? Some researchers suggest the Uncanny Valley is just a temporary phase — the more we live alongside realistic robots, the more our brains will gradually adapt. Others believe the valley will be crossed through a sudden, forced event that pushes us to accept artificiality as part of daily life. Either way, the "affinity" we feel toward a robot remains a subjective, holistic judgment that depends, for each person, on multiple factors (culture, exposure, context…) which shift across generations.Likewise, the inverted curve shown here, linking a visibly sick or disabled person to distrust or rejection, doesn't describe any objective or desirable reality: it merely illustrates primal instinctive reflexes or unconscious societal biases, not a judgment on the worth, humanity, or acceptability of these individuals. Fortunately, these biases are most often reduced, or even erased, through knowledge, empathy, and everyday acts of solidarity.Interestingly, the bionic hand designed for amputees contributes to this too, though not in the way Mori originally framed it. In his essay, he mentions the myoelectric prosthesis only as an example of something that falls into the valley: its near-perfect resemblance to a real hand, undercut by its coldness or the rigidity of its grip, provokes unease rather than acceptance. Some researchers have actually criticized this passage as ableist, placing the burden for the observer's discomfort onto the disabled person.
Yet today, the opposite is happening: by making prostheses and exoskeletons mainstream as tools of care, autonomy and performance, we are changing how humanized technology is perceived. This positive reframing, born from medical use, is likely paving the way for better acceptance of humanoid robots.And indeed, we can already see that by gradually humanizing technology through the use cases of prostheses and exoskeletons, we are preparing the ground for humanoid robots to be better accepted.
L'approche du designer : Des émotions primaires au projections subjectivesJusqu'à présent, les designers utilisaient le modèle de Don Norman pour associer différents éléments de design à ces trois niveaux cognitifs plus ou moins profonds.Le Design Viscéral met l'accent sur l'apparence et les premières impressions. Il est sensé déclencher l'envie de posséder un objet esthétiquement attractif.Le Design Comportemental insiste sur l'ergonomie, la performance et l'expérience utilisateur. Il est sensé déclencher l'envie de contrôler un objet qui nous donnerait l'impression de devenir plus intelligent vis à vis des autres personnes.Le Design Réflexif traite de l'image de soi et des connexions émotionnelles avec des souvenirs et expériences passées. Il est sensé déclencher l'envie de compléter son persona avec un objet qui permet de raconter une histoire sur soi, à la manière d'un miroir de notre inconscient et de notre égo. C'est ce design qui permet d'installer des objets dans la durée.A la manière d'une poupée russe, ces trois niveaux d'émotion s'emboitent du plus superficiel au plus profond et permettent au designer d'adapter son modèle à l'utilisateur suivant le type d'interaction recherché.
The designer's approach: from primary emotions to subjective projectionsUntil now, designers have relied on Don Norman's model, mapping different design elements to three cognitive levels of varying depth.Visceral Design focuses on appearance and first impressions. It's meant to trigger the desire to own an aesthetically appealing object.Behavioral Design emphasizes ergonomics, performance and user experience. It's meant to trigger the desire to control an object that makes us feel smarter in front of others.Reflective Design deals with self-image and emotional connections to past memories and experiences. It's meant to trigger the desire to complete one's persona with an object that tells a story about oneself, like a mirror of our unconscious and our ego. This is the level of design that allows objects to stay meaningful over time.Like a set of Russian nesting dolls, these three emotional levels nest inside one another, from the most superficial to the deepest, letting the designer tailor their approach to the user depending on the kind of interaction they're aiming for.


Dans le cas du design d'un robot, plus il se rapproche de la forme "humanoïde", plus les projections émotionnelles sont fortes, universelles et atteignent directement la couche "réflective" la plus réceptive de l'esprit.Ceci explique cet engouement général sur le sujet, et justifie la légitimité de chacun d'avoir une opinion, plus ou moins éclairée. Cette approche permet également d'expliquer en partie la théorie de la vallée de l'étrange. Un animatronique zombi dans un parc d'attraction raconte une histoire sombre à laquelle on ne veut pas s'identifier, sauf le jour d'halloween.Mais surtout, cette position particulière du robot humanoïde impose au designer une responsabilité.Il a l'obligation de penser minutieusement son modèle, tout en prenant en comptes les contraintes de l'architecture mécatronique et la limite mécanique des matériaux. Notre environnement est très varié et parfois hostile. Une fracture se répare, la peau cicatrise, mais un robot a besoin d'un réseau de "garagistes spécialisés" avec une logistique de pièces détachées, comme dans l'automobile. Ces contraintes obligent souvent à le designer à faire des compromis et s'éloigner des ambitions initiales, au risque de glisser vers la vallée de l'étrange.
When it comes to robot design, the closer it gets to a "humanoid" form, the stronger and more universal the emotional projections become, reaching straight into the most receptive "reflective" layer of the mind.This explains the widespread fascination with the topic, and justifies everyone's right to hold an opinion on it, however informed. This framework also helps explain part of the Uncanny Valley theory. A zombie animatronic in a theme park tells a dark story we don't want to identify with — except on Halloween.But above all, this unique position of the humanoid robot places a real responsibility on the designer.They're obligated to think their model through carefully, all while accounting for the constraints of mechatronic architecture and the mechanical limits of materials. Our environment is highly varied and sometimes hostile. A broken bone heals, skin scars over — but a robot needs a network of "specialized mechanics" with a spare-parts supply chain, much like in the automotive industry. These constraints often force the designer to make compromises and drift away from their original ambitions, risking a slide into the Uncanny Valley.
Le robot comme compagnon : projections et archétypesPour comprendre notre future relation avec les robots humanoïdes, observons nos "compagnons" actuels.A commencer par notre voiture ou autre moyen de transport individuel, qui depuis plusieurs générations, a toujours été considérée comme une extension de notre identité. Un compagnon serviable à qui nous attribuons souvent des propriétés humaines, un surnom, un caractère, comme un miroir de notre personnalité. Sportive, sobre, familiale, luxueuse, décapotable, elle dit quelque chose de nous aux autres et à nous-même.Nos animaux de compagnie sont également des compagnons de vie fidèles. Votre chien vous accueille avec une joie sans mesure à chaque retour. Il ne juge pas, ne trahit pas, offre une présence inconditionnelle, voir même une oreille attentive. C'est aussi ce que recherche les utilisateurs de Chatbot IA depuis l'arrivée de ChatGPT et c'est ce qu'on peut attendre des robots humanoïdes personnels.Vous l'aurez compris, nos robots humanoïdes ne seront pas de simples possessions : nous y projetons des dimensions psychologiques de nous-même. Carl Jung, Docteur en psychiatrie et fondateur de la psychanalyse, parlerait d'archétypes : le Compagnon fidèle, le Protecteur, le Serviteur dévoué… Autant de schémas de pensés et de comportements innés que nous avons enrichis avec notre éducation, notre expérience et que nous suivons inconsciemment suivant la situation ou le besoin d'interaction.Les robots humanoïdes s'inscrivent naturellement dans ces schémas mentaux préexistants. Un robot d'assistance aux personnes âgées active dans notre inconscient l'archétype du Soignant, et nous attendons de lui qu'il se comporte comme tel. Mais attention, si le design est maladroit, il peut basculer vers celui de l'enfant irresponsable ou du surveillant procédurier, déclenchant méfiance et rejet.
The robot as companion: projections and archetypesTo understand our future relationship with humanoid robots, let's look at our current "companions."Starting with our car, or any other personal means of transport, which for generations has been seen as an extension of our identity. A helpful companion to which we often attribute human traits — a nickname, a personality — like a mirror of who we are. Sporty, understated, family-friendly, luxurious, a convertible — it says something about us, both to others and to ourselves.Our pets are also loyal life companions. Your dog greets you with boundless joy every time you come home. It doesn't judge, doesn't betray you, offers unconditional presence, even a listening ear. This is also what AI chatbot users have been looking for since the arrival of ChatGPT, and it's what we can expect from personal humanoid robots.As you've probably gathered, our humanoid robots won't just be simple possessions: we project psychological dimensions of ourselves onto them. Carl Jung, a psychiatrist and the founder of psychoanalysis, would call these archetypes: the Loyal Companion, the Protector, the Devoted Servant… So many innate patterns of thought and behavior, shaped further by our upbringing and experience, that we follow unconsciously depending on the situation or the kind of interaction we need.Humanoid robots naturally fit into these pre-existing mental patterns. An eldercare assistance robot activates the archetype of the Caregiver in our unconscious, and we expect it to act accordingly. But be careful: if the design is clumsy, it can slip into the archetype of the irresponsible child or the nitpicking overseer, triggering distrust and rejection.

Statues conservées au Musée National d'Archéologie d'Athènes. Les dieux de l'olympe de la mythologie grec ont largement inspiré les modèles de Jung qui s'est également intéressé aux autres mythologies d'Extrême Orient ou d'Amérique du Sud.Petit disclaimer : Contrairement à ce qu'on peut lire couramment, Carl Jung n'a jamais défini une liste figée de 12 archétypes, mais plutôt des modèles illustrant des exemples précis. Il a été un précurseur de la psychanalyse, une science subjective car variable d'un sujet à l'autre, une science inexacte comme toute branche de la médecine, mais statistiquement représentative d'une certaine réalité, quand elle est pratiquée par des professionnels expérimentés.
Depuis cette époque il y a plus de 60 ans, d'autres chercheurs ont poussé ses travaux et défini des listes d'archétypes segmentées, parfois limité à 8 voire plus, parfois avec des sous-classes ou des paires d'opposés, sans doute utiles pour certains travaux ou certains contextes. Mais il existe aussi de nombreuses "médecines parallèles" et autres vendeurs de rêves qui se sont approprié ces modèles et son image "scientifique" comme un argument d'autorité. A l'heure d'internet et du déballage d'opinions, il devient difficile de retrouver ses idées fondamentales et les limites de ses travaux, sauf bien entendu à lire ses ouvrages originaux et garder l'esprit critique.
Statues held at the National Archaeological Museum of Athens. The gods of the Greek pantheon were a major influence on Jung's models — he was also interested in mythologies from the Far East and South America.A quick disclaimer: contrary to what's commonly said, Carl Jung never defined a fixed list of 12 archetypes — rather, he offered models that illustrated specific examples. He was a pioneer of psychoanalysis, a subjective science that varies from one subject to another, an inexact science like any branch of medicine, but statistically representative of a certain reality when practiced by experienced professionals.
Since his time, over 60 years ago, other researchers have built on his work and defined segmented lists of archetypes, sometimes as few as 8 or even more, sometimes with subcategories or pairs of opposites, presumably useful for certain areas of study or certain contexts. But there are also plenty of "alternative medicine" practitioners and other peddlers of wishful thinking who have appropriated these models and their "scientific" image as an argument from authority. In the age of the internet and endless opinion-sharing, it's become difficult to trace back his core ideas and the limits of his work — short of reading his original writings and keeping a critical mind.
Le robot genré : l'Anima et l'AnimusParmi tous les archétypes, Carl Jung insiste particulièrement sur les archétypes de l'Anima (modèle féminin) et l'Animus (modèle masculin) comme forces complémentaires primaires de notre psyché. Ces dimensions se retrouvent dans le design de nombreux robots humanoïdes, souvent de manière involontaire, et influencent puissamment nos réactions. Précisons que ces archétypes, genrés ou non, varient d'un individu à l'autre, d'une génération à l'autre, ou d'un pays à l'autre, suivant le référentiel de chacun.L'approche mythologique féminine "Anima" : Elle puise dans l'imaginaire d'une "créature divine bienveillante". Le film "Metropolis" (Fritz Lang, 1927) présente l'iconique Maria, transformée en robot (dont l'esthétique inspira ensuite C-3PO). Plus récemment, le robot Ava dans "Ex Machina" (Alex Garland, 2014) a largement influencé Sophia (Hanson Robotics) et Ameca (Engineered Arts). Une autre variante apparaît dans "Alita: Battle Angel" (Robert Rodriguez, Jon Landau, James Cameron, 2019), avec un design magnifiquement réalisé par Vitaly Bulgarov.
The gendered robot: Anima and AnimusAmong all the archetypes, Carl Jung placed particular emphasis on the Anima (feminine model) and the Animus (masculine model) as complementary primary forces within our psyche. These dimensions show up in the design of many humanoid robots, often unintentionally, and strongly shape our reactions. It's worth noting that these archetypes, whether gendered or not, vary from one person to another, one generation to another, or one country to another, depending on each individual's frame of reference.The feminine mythological approach, "Anima": It draws on the imagery of a "benevolent divine creature." The film Metropolis (Fritz Lang, 1927) features the iconic Maria, transformed into a robot (whose look later inspired C-3PO). More recently, the robot Ava in Ex Machina (Alex Garland, 2014) heavily influenced Sophia (Hanson Robotics) and Ameca (Engineered Arts). Another variation appears in Alita: Battle Angel (Robert Rodriguez, Jon Landau, James Cameron, 2019), with a design beautifully realized by Vitaly Bulgarov.

Ces robots humanoïdes féminisés, avec leurs traits délicatement sculptés, leur peau translucide ou une texture de céramique finement détaillée, évoquent les statues de déesses antiques prenant vie. L'objectif ici est de créer des robots collaboratifs où les traits féminins favorisent certains "savoir-être" pour capter l'attention, fédérer autour d'un projet ou d'un évènement, accompagner avec empathie et bienveillance, transmettre un savoir ou une vision.Cette esthétique séduit par sa "noblesse", mais peut aussi provoquer une méfiance spontanée, inconsciente. Suivant a propre expérience, un utilisateur peut craindre une forme de condescendance de la part du robot, voir redouter un syndrome d'Hubris, cette prétention à rivaliser avec le divin qui basculerait dans le mépris de l'humain et de ses faiblesses.L'approche mythologique masculine "Animus" : Elle correspond à la démarche inverse. Dans la plupart des mythologies, les dieux masculins exercent des pouvoirs destructeurs, maintenant l'ordre par la menace du chaos. Les robots conçus sur ce modèle sont nombreux en science-fiction. Les films "Terminator" (James Cameron, 1985), "RoboCop" (Paul Verhoeven, 1987), "Avengers : L'ère d'Ultron" (2015) mettent en scène des robots aux traits "Alpha" qui cherchent à imposer leurs règles par la force en semant la désolation dans un futur dystopique sombre.
These feminized humanoid robots, with their delicately sculpted features, translucent skin or finely detailed ceramic-like texture, evoke ancient goddess statues coming to life. The goal here is to create collaborative robots whose feminine features encourage certain behaviors: capturing attention, rallying people around a project or event, offering empathetic and caring support, or passing on knowledge and vision.This aesthetic is appealing through its "nobility," but it can also spark spontaneous, unconscious distrust. Based on personal experience, a user might fear a kind of condescension from the robot, or even dread a form of Hubris — that pretension to rival the divine, tipping over into contempt for humans and their weaknesses.The masculine mythological approach, "Animus": This is the opposite path. In most mythologies, male gods wield destructive powers, maintaining order through the threat of chaos. Robots designed on this model are common in science fiction. The films Terminator (James Cameron, 1985), RoboCop (Paul Verhoeven, 1987), and Avengers: Age of Ultron (2015) feature robots with "Alpha" traits who try to impose their rules through force, sowing devastation in a dark, dystopian future.

En pratique, ce type de design présente un intérêt limité pour une réelle collaboration homme-machine. On observe parfois des effets d’annonce avec un robots humanoïdes sous stéroïdes portant fièrement un uniforme de police ou de l'armée. Mais pour le moment, leur fragilité, leurs temps de réaction et leur autonomie dans les prises de décisions sensibles les rendent peu adaptés en opération. Les forces de l’ordre et les armées privilégient des approches avec une morphologie plus adapté à la réalité du terrain et un contrôle humain.
In practice, this type of design has limited value for genuine human-machine collaboration. We sometimes see publicity stunts featuring steroid-fueled humanoid robots proudly wearing a police or military uniform. But for now, their fragility, reaction times, and autonomy in sensitive decision-making make them poorly suited to real operations. Law enforcement and armed forces tend to favor solutions with a body shape better suited to real-world terrain, kept under human control.
Esthétiques et styles visuels : une galerie des possibles
Aesthetics and visual styles: a gallery of possibilities
Comment approcher une classificationIl existe de nombreuses tentatives de classification de la morphologie des robots. Loin des approches originales et anecdotiques du zoo-morphisme (robots animaux) ou du phyto-morphisme (robots végétaux), les robots humanoïdes relèvent d'un anthropomorphisme fonctionnel. Leur forme humaine leur permet de s'adapter à un environnement conçu par et pour des humains. C'est pourquoi ils arrivent dans notre quotidien, encore faut-il que nous les acceptions à nos côtés.Cette acceptation dépend d'un facteur clé, la prévisibilité, car nous éprouvons naturellement une méfiance face à l'inconnu. L'adoption d'un robot fonctionnel repose donc sur la cohérence entre ce que nous imaginons qu'il va faire et ce qu'il fait réellement. Pour que cette promesse soit tenue, il faut une harmonie entre l'apparence du robot, la "promesse" qu'elle évoque dans notre référentiel, et son efficacité finale.Observons les robots humanoïdes actuels, qu'ils soient réels ou fictifs. Leur diversité visuelle raconte autant d'histoires différentes. Le contexte d'utilisation permet de les classer de façon pragmatique en distinguant plusieurs styles de design, chacun porteur d'une promesse, voire d'une symbolique plus profonde.
How to apply classificationThere have been many attempts to classify robot morphology. Beyond the original and anecdotal approaches of zoomorphism (animal-shaped robots) or phytomorphism (plant-shaped robots), humanoid robots fall under a functional anthropomorphism. Their human shape lets them adapt to an environment built by and for humans. That's why they're entering our daily lives — though we still need to accept them by our side.This acceptance hinges on a key factor: predictability, since we naturally feel wary of the unknown. Adopting a functional robot depends on the consistency between what we imagine it will do and what it actually does. For that promise to be kept, there needs to be harmony between the robot's appearance, the "promise" that appearance evokes in our own frame of reference, and its actual effectiveness.Let's look at today's humanoid robots, real or fictional. Their visual diversity tells just as many different stories. Their context of use lets us classify them pragmatically into several design styles, each carrying its own promise, sometimes a deeper symbolism.
Les styles selon le contexte d'utilisationLe style industriel robuste :Il revendique la transparence technique. Calvin 40 (Wandercraft) ou Digit (Agility Robotics) exposent leurs servomoteurs et leurs biomécaniques particulières. La tête est simplifiée ou inexistante, les préhenseurs sont rudimentaires et spécifiques aux tâches à accomplir.
Styles by context of useThe Raw Industrial style :This style embraces technical transparency. Calvin 40 (Wandercraft) or Digit (Agility Robotics) expose their servomotors and their particular biomechanics. The head is simplified or absent altogether, and the grippers are basic, built specifically for the tasks at hand.

Calvin 40 de WandercraftCette honnêteté visuelle rassure car ces robots ne dissimulent rien, ils sont des outils avant d'être des compagnons. C'est l'esthétique privilégiée dans l'industrie, où les cobots doivent inspirer confiance par leur prévisibilité dans une gamme de tâches prédéfinies et un environnement contrôlé. Ils sont d'ailleurs en cours d'intégration, comme chez Amazon ou Renault, et s'intègrent facilement dans les équipes.L'évolution vers un utilitaire robuste augmenté :Elle améliore le style industriel. La biomécanique humaine a été poussée pour s'adapter à un environnement plus varié et à des tâches plus complexes. De grande taille, la proportion de ces membres se rapprochent davantage de l'humain, les préhenseurs gagnent en dextérité, les moteurs plus puissants permettent de soulever des objets trop lourds pour un humain, des capacités dynamiques sont dignes d'un athlète de haut niveau.
Calvin 40 by WandercraftThis visual honesty is reassuring, since these robots hide nothing — they're tools before they're companions. This is the preferred aesthetic in industry, where cobots need to inspire trust through predictability across a defined range of tasks in a controlled environment. They're already being rolled out, for instance at Amazon or Renault, and integrate easily into teams.The move toward an augmented raw utility robot:This style builds on the industrial look. Human biomechanics have been pushed further to adapt to a more varied environment and more complex tasks. These robots are large, their limb proportions closer to human proportions, their grippers gain in dexterity, more powerful motors let them lift objects too heavy for a human, and their dynamic capabilities rival those of a top athlete.

Atlas Version 1 de Boston DynamicsCes projets restent à l'échelle du prototype pour des équipes de R&D car le cout d'acquisition et d'entretien est trop élevé pour des applications commerciales. L’esthétique reste très mécanique avec des composants apparents. Cette discordance peut surprendre voire inquiéter car nous percevons une machine d'apparence "basique" dont le comportement biomécanique, la polyvalence et l'autonomie sont étrangement proches voir supérieur à l'humain.Le serviteur robuste polyvalent :Il pousse plus loin cette humanisation. C'est la catégorie en vogue aux États-Unis au Canada et en Chine : Optimus (Tesla), F (Figure AI), Atlas V2 (Boston Dynamics), Apollo (Apptronik), Neo (1X), G1 (Unitree), Phoenix (Sanctuary AI)… Ils partagent un design inspiré du film "I, Robot" (Alex Proyas, 2004), qui a imposé une vision collective standardisée de l'esthétique humanoïde. Le châssis et les servomoteurs sont partiellement cachés par des éléments de carrosserie épurés, de couleur claire, blanc ou aluminium. Les mains polyarticulées permettent une dextérité complexe. Le cou mobile oriente les caméras comme nous le faisons avec nos yeux pour suivre une action. La tête est proportionnée, mais le visage est absent ou suggéré, souvent remplacé par une vitre noire "mystérieuse", comme un smartphone en veille. Des lumières colorées s'allument par transparence, indiquant l'activation de fonctions ou simulant des émotions, à la manière des costumes futuristes des musiciens Daft Punk (La French Touch, encore !).
Atlas Version 1 by Boston DynamicsThese projects remain at the prototype stage for R&D teams, since acquisition and maintenance costs are still too high for commercial use. The look stays highly mechanical, with visible components. This mismatch can be surprising, even unsettling, since we're looking at a machine with a "basic" appearance whose biomechanical behavior, versatility and autonomy are strangely close to — or even beyond — human capability.The versatile efficient servant:This pushes humanization even further. It's the category currently trending in the US, Canada and China: Optimus (Tesla), F (Figure AI), Atlas V2 (Boston Dynamics), Apollo (Apptronik), Neo (1X), G1 (Unitree), Phoenix (Sanctuary AI)… They share a design inspired by the film I, Robot (Alex Proyas, 2004), which set a standardized collective vision of humanoid aesthetics. The chassis and servomotors are partly concealed behind sleek body panels, typically light-colored, white or aluminum. Multi-jointed hands allow for complex dexterity. A mobile neck orients the cameras the way we move our eyes to follow an action. The head is proportionate, but the face is absent or merely suggested, often replaced by a mysterious dark visor, like a smartphone on standby. Colored lights glow through the surface, signaling active functions or simulating emotions, reminiscent of the futuristic costumes worn by the musicians Daft Punk (French Touch, once again!).

F02 avec architecture Helix de Figure AILes applications immédiates visent essentiellement l'industrie sur des manipulation complexes et variées d'objets légers, ou la logistique sur site dans le secteur tertiaire. L'ambition affichée reste l'usage domestique pour les tâches ménagères. C'est cette dernière opportunité très prometteuse qui attire les investisseurs et fait le buzz sur les réseaux.Le compagnon communiquant :Il offre une liberté créative maximale et assume sa nature artificielle tout en cherchant l'attachement émotionnel. De C-3PO de "Star Wars" (Georges Lucas, 1978) au robot Pepper (Aldebaran) ou Mirokaï (Enchanted Tools), cette famille partage des traits communs comme de grands yeux ronds, des mouvements lents, un visage expressif à la manière d'un enfant attentif, obéissant et serviable.
F02 with Helix architecture by Figure AIImmediate applications are mainly targeting industry, for complex and varied handling of light objects, or on-site logistics in the service sector. The stated ambition remains domestic use for household chores. It's this last, highly promising opportunity that's drawing investors and fueling the buzz on social media.The communicating companion:This style offers maximum creative freedom and embraces its artificial nature while still seeking emotional attachment. From C-3PO in Star Wars (George Lucas, 1978) to the robot Pepper (Aldebaran) or Mirokaï (Enchanted Tools), this family shares common traits: big round eyes, slow movements, an expressive face reminiscent of an attentive, obedient, helpful child.

Pepper de Aldebaran (ex-SoftBank)Leur force et leur taille sont volontairement réduites. Ils interagissent avec l'humain sans prétendre être humain, ce qui facilite confiance et communication.Fidèles à la promesse de leur apparence, ils permettent une adoption forte. On les retrouve déjà auprès de populations fragiles : hôpitaux, maisons de retraite, écoles.
Pepper by Aldebaran (ex-SoftBank)Their strength and size are deliberately kept modest. They interact with humans without pretending to be human, which makes trust and communication easier.True to the promise of their appearance, they achieve strong adoption. We already find them among vulnerable populations: hospitals, retirement homes, schools.
Les designs ambiguës à maîtriserl'androïde hyperréaliste :Les androïdes hyperréalistes cherchent l'illusion parfaite. L'exemple cinématographique le plus célèbre reste "Blade Runner" (Ridley Scott, 1982), où Roy (joué par l'insaisissable Rutger Hauer) est un androïde parfait, un "Replicant", supérieur à l'humain, qui cherche un sens à sa "vie", et (spoiler alerte) le découvre dans la compassion, en épargnant l'inspecteur Deckard (joué par Harrison Ford) juste avant de "s'éteindre".
Ambiguous designs, to handle with careThe hyperrealistic android:Hyperrealistic androids aim for the perfect illusion. The most famous cinematic example remains Blade Runner (Ridley Scott, 1982), where Roy, played by the elusive Rutger Hauer, is a perfect android, a "Replicant" superior to humans, searching for meaning in his "life," and (spoiler alert) finding it through compassion, sparing Detective Deckard (played by Harrison Ford) moments before he "shuts down." In his final scene, Roy delivers a haunting monologue, one of science fiction's most quoted moments, best experienced by watching the movie itself.

Replicant dans le film "Blade Runner" de Ridley Scott (1982)« J'ai vu des choses que vous, humains, ne pourriez croire… Des navires de guerre en feu, surgissant de l'épaule d'Orion… J'ai regardé des rayons C briller dans l'obscurité, près de la Porte de Tannhäuser… Tous ces moments se perdront dans le temps… comme… des larmes dans la pluie…"Dans la réalité, des projets de recherche comme Erica (Hiroshi Ishiguro) atteignent un niveau de réalisme troublant : peau texturée en silicone, visage expressif s'adaptant au contexte, clignements des yeux, mouvements naturels. Mais cette illusion se heurte vite à 200 000 ans d'évolution de l'homo sapiens. Notre cerveau détecte le moindre détail perturbant l'illusion et génère aussitôt un malaise devant cet être "anormal". On glisse dans la fameuse "vallée de l'étrange".
The replicant leader in Ridley Scott's film Blade Runner (1982)"I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain…"In reality, research projects such as Erica (Hiroshi Ishiguro) reach a disturbingly realistic level: silicone-textured skin, a face that adapts expressively to context, blinking eyes, natural movements. But this illusion quickly runs into 200,000 years of homo sapiens evolution. Our brain detects the slightest detail that breaks the illusion and instantly triggers unease at this "abnormal" being. We slip into the famous "Uncanny Valley."

En bionique, le phénomène est similaire. Une prothèse de main n'est pas qu'un outil fonctionnel : elle doit permettre à la personne de se reconnaître, de projeter son identité. Plutôt que d'afficher un design affirmé, coloré, transformant la prothèse en objet visible valorisant, certains patients choisissent des prothèses hyperréalistes discrètes pour "disparaître" dans la normalité, dans le regard des autres ou dans l'image qu'ils voient de leur propre corps.Habiller une main robotique avec une peau artificielle ne fonctionne pas bien. Au moindre mouvement, des plis anormaux trop visible apparaissent, et le silicone couramment utilisé, s'abime trop rapidement. Le plus souvent, les mains "esthétiques" les plus réalistes sont passives, immobiles, ce qui reste un compromis moins voyant et plus acceptable pour beaucoup de personnes. Cette raideur peut à son tour attirer le regard, et ce qui devait apporter de la discrétion attire l'attention voire un rejet.La même question pourrait se poser avec les robots : voulons-nous qu'ils se fondent dans notre quotidien ou qu'ils affirment leur différence ? Mais là aussi, pour le moment, la limite physique des matériaux permettant d'imiter la peau et notre capacité à relever les détails suspects, limite ce choix.L'esclave rebel :Avez-vous remarqué ces nombreuses vidéos où des ingénieurs maltraitent leurs propres robots pour soi-disant "tester leur robustesse" ? Même si bien sûr le robot n'est qu'une machine et qu'il s'agit souvent de vidéos humoristiques, comment expliquer cette violence ? Auraient-ils fait la même chose avec un robot enfantin comme Pepper d'Aldebaran ou un Digit impersonnel d'Agility Robotics ? Cette violence révèle peut-être une projection inconsciente : nous traitons mal ce que nous percevons comme une menace potentielle, une sorte de test physique pour démystifier nos appréhensions.En regardant de plus près le design de ces robots humanoïdes visés par ces attaques, et qui par ailleurs déclenche autant de suspicion du grand public, on constate qu'il s'agit de modèles sensés répondre à l'archétype du "Serviteur robuste polyvalent" vu précédemment, mais qui présente aussi une ambiguïté avec l'archétype de "l'Animus guerrier". Et effectivement, dans l'inconscient collectif, la frontière entre les deux occupe une zone floue.Historiquement, dans toutes les cultures, les guerriers des peuples vaincus devenaient les esclaves des vainqueurs. L'humiliation des meneurs pour anéantir leur mental "Alpha" était la clef de leur obéissance. A l'inverse, lorsque les esclaves se révoltent, ils passent soudainement de serviteur obéissant à guerrier destructeur.A une échelle de violence bien inférieure, nous avons tous expérimenté ce thème de l'adolescent obéissant qui a l'ambition de se révolter contre les repères familiaux stables de ses parents pour partir explorer le monde. Et dans la vingtaine, cet enthousiasme est souvent bridé par l'asservissement hiérarchique des générations précédentes, créant des frustrations refoulées. Puis, à défaut d'un travail sur soi, nous évacuons à notre tour ces frustrations… en freinant les générations suivantes.
In bionics, the phenomenon is similar. A hand prosthesis isn't just a functional tool: it must allow the person to recognize themselves, to project their identity. Rather than displaying a bold, colorful design that turns the prosthesis into a visible, valorized object, some patients choose discreet hyperrealistic prostheses in order to "disappear" into normality, into the gaze of others or into the image they see of their own body.Dressing a robotic hand with artificial skin doesn't work well. At the slightest movement, overly visible abnormal creases appear, and the silicone commonly used wears out too quickly. Most often, the most realistic "aesthetic" hands are passive, motionless, which remains a less conspicuous, more acceptable compromise for many people. This stiffness can in turn draw attention, and what was meant to bring discretion ends up attracting notice or even rejection.The same question could arise with robots: do we want them to blend into our daily lives or to assert their difference? But here too, for now, the physical limits of materials capable of imitating skin, and our own ability to spot suspicious details, constrain this choice.The rebel slave:Have you noticed those many videos where engineers mistreat their own robots, supposedly to "test their robustness"? Even though the robot is of course just a machine and these are often humorous videos, how can we explain this violence? Would they have done the same thing to a childlike robot like Aldebaran's Pepper, or an impersonal Digit from Agility Robotics? This violence perhaps reveals an unconscious projection: we mistreat what we perceive as a potential threat, a kind of physical test to demystify our own apprehensions.Looking more closely at the design of these humanoid robots targeted by such attacks, which incidentally trigger so much suspicion among the general public, we find that they are models meant to fit the archetype of the "versatile robust servant" seen earlier, but which also carries an ambiguity with the archetype of the "warrior animus." And indeed, in the collective unconscious, the boundary between the two occupies a blurry zone.Historically, in every culture, the warriors of defeated peoples became the slaves of the victors. Humiliating the leaders to crush their "alpha" mindset was the key to their obedience. Conversely, when slaves revolt, they suddenly shift from obedient servant to destructive warrior.On a far smaller scale of violence, we have all experienced this theme of the obedient teenager who becomes driven to rebel against the stable family reference points set by their parents, in order to go explore the world. And in one's twenties, this enthusiasm is often curbed by the hierarchical subjugation of previous generations, creating repressed frustrations. Then, absent any inner work, we in turn release these frustrations… by holding back the generations that follow.

Humanoïdes de service dans le film "I, Robot" de Alex Proyas, avec en vedette Will Smith (2004)Cette classe de robots humanoïdes "serviteurs", inspirée de l'esthétique du film "I, Robot", possède une filiation directe avec la culture manga japonaise, d'Astro Boy (Osamu Tezuka, 1952) à "Ghost in the Shell" (Mamoru Oshii, 1995), mais aussi avec les auteurs et dessinateurs européens des "Humanoïdes Associés" (Jodorowsky, Moebius, Druillet, Bilal…). Ces artistes ont créé une iconographie référente pour illustrer des fictions dystopiques sombres, s'inspirant notamment des armures des chevaliers et des samouraïs médiévaux. Cet aspect métallique froid avec des visage figés, inexpressifs ou cachés derrière une visière, est très présent dans notre inconscient collectif.
Service humanoids in Alex Proyas's film "I, Robot," starring Will Smith (2004)This class of humanoid "servant" robots, inspired by the aesthetic of the film "I, Robot," has a direct lineage with Japanese manga culture, from Astro Boy (Osamu Tezuka, 1952) to "Ghost in the Shell" (Mamoru Oshii, 1995), but also with the European writers and artists of "Les Humanoïdes Associés" (Jodorowsky, Moebius, Druillet, Bilal…). These artists created a reference iconography for illustrating dark dystopian fictions, drawing notably on the armor of medieval knights and samurai. This cold, metallic look, with frozen, expressionless faces or ones hidden behind a visor, is deeply present in our collective unconscious.

Le casque et masque "Koboshi Kabuto", qui a inspiré celui de Dark Vador, provient d'un seigneur samouraï "Date Masamune" du XVIe siècle
The "Koboshi Kabuto" helmet and mask, which inspired Darth Vader's, comes from a 16th-century samurai lord, "Date Masamune."
La voie de la neutralité :Ainsi, dès qu'on attribue un genre à un robot humanoïde, et notamment de style masculin, notre inconscient met en place des stratégies comportementales et des projections parfois contreproductives, comme la peur d'une révolte. Pour le designer, cette approche représente un "no-go", un piège vers lequel la catégorie du "domestique robuste polyvalent" glisse trop facilement. Certaines start-ups vont devoir revoir leur copie.Et justement, le design du robot Neo (1X), rejoint par le F03 (Figure AI) et très récemment par UMA et Robody (Devanthro), répond à ce challenge en ajoutant un vêtement au robot. Cet uniforme en tissus de couleur neutre, retire toute représentation de genre. Il le rapproche encore plus de nos conventions sociales en délimitant clairement sa fonction de Serviteur. Cet habit, comme un symbole de dignité, limite les projections personnelles et facilite l'adoption dans un environnement personnel pour des tâches domestiques. A la manière d'un uniforme dans une école qui limite la projection des égos et favorise l'obéissance, il affiche la promesse de sécurité.
The path to neutrality:So, as soon as a gender is assigned to a humanoid robot, especially a masculine style, our unconscious sets in motion behavioral strategies and projections that can be counterproductive, such as the fear of a revolt. For the designer, this approach represents a "no-go," a trap that the "versatile robust domestic" category too easily slides into. Some start-ups will need to rethink their approach.And indeed, the design of the Neo robot (1X), joined by the F03 (Figure AI) and, very recently, by UMA and Robody (Devanthro), addresses this challenge by adding clothing to the robot. This neutral-colored fabric uniform strips away any gender representation. It brings the robot even closer to our social conventions by clearly delimiting its function as a Servant. This garment, like a symbol of dignity, limits personal projections and facilitates adoption into a personal environment for domestic tasks. Much like a school uniform that limits ego projection and encourages obedience, it conveys a promise of safety.

NEO de 1X
NEO from 1X

F03 de Figure AI
F03 from Figure AI

Astro de UMA
Astro from UMA

Robody de Devanthro
Robody from Devanthro
De mon avis personnel, cela règle une partie de la question sur la texture métallique froide. Il reste à déterminer la forme idéale que doivent prendre le visage et les mains. La vitre fumée sombre "cachant" les optiques reste troublante, bien qu'elle fasse référence à certains éléments de carrosserie du monde de l'automobile, ou à nos écrans de smartphone quand ils sont éteints. Les mains, leurs mouvements, leurs textures au touché et même leur température chaude ou froide sont aussi un sujet important pour l'expérience positive de l'utilisateur.Finalement, des robots humanoïdes collaboratifs non genrés, avec un habit ou un style enfantin, seront plus facilement "adoptés" et même "respectés" par l'utilisateur. Enfin, dans le contexte industriel s'est ouvert une large place pour des robots humanoïdes avec un design purement fonctionnel, sans chercher la ressemblance humaine.
In my personal opinion, this settles part of the question of the cold metallic texture. What remains to be determined is the ideal shape for the face and hands. The dark smoked glass "hiding" the optical sensors remains unsettling, even though it echoes certain automotive body-panel elements, or our smartphone screens when they're switched off. The hands—their movements, their texture to the touch, and even their warm or cold temperature—are also an important factor for a positive user experience.Ultimately, non-gendered collaborative humanoid robots, with a childlike outfit or style, will be more easily "adopted" and even "respected" by users. Finally, in the industrial context, a large space has opened up for humanoid robots with a purely functional design, without seeking human resemblance.
Contexte socioculturel et éthique : Les enjeux du design
Sociocultural and ethical context: The stakes of design
Un paradoxe face à l'inconnuLes enquêtes d'opinion révèlent un paradoxe. Nous acceptons massivement les robots dans certains contextes (industrie, exploration spatiale, chirurgie assistée) mais restons réticents dans d'autres. Un robot qui nettoie les rues ? Oui. Un robot qui garde vos enfants ? Les avis se divisent fortement.Un robot de soutien scolaire peut offrir une patience infinie, une disponibilité constante, une adaptation au rythme de chaque enfant. Mais peut-il agir avec la même subtilité et pédagogie qu'un humain quand il faut adapter ses encouragements ou ses reproches aux émotions de l'élève, au contexte familial ? Comment peut-il faire preuve d'empathie lors d'un moment de découragement ? C'est pourtant ce qui fait la richesse de la relation entre l'enseignant et l'élève.Mais toute ces questions restent vagues ou hypothétiques. Les exemples de robots humanoïdes cités sont exceptionnels et il est évident que tant qu'ils ne seront pas présents dans notre quotidien, nous ne pouvons que formuler des hypothèses, et les sondages d'opinion ne révèlerons que des appréhensions non fondées.Il est difficile actuellement de parler d''acceptation sociale alors que les usages sont encore inconnus. En attendant, nous pouvons simplement observer ces initiatives expérimentales en gardant à l'esprit que les repères de notre société évoluent en même temps que ces nouvelles technologies.
A paradox when facing the unknownOpinion surveys reveal a paradox. We massively accept robots in certain contexts (industry, space exploration, assisted surgery) but remain reluctant in others. A robot that cleans the streets? Yes. A robot that watches your children? Opinions are sharply divided.A tutoring robot can offer infinite patience, constant availability, adaptation to each child's pace. But can it act with the same subtlety and pedagogical sense as a human when encouragement or criticism needs to be adapted to a student's emotions, to their family context? How can it show empathy in a moment of discouragement? Yet this is precisely what gives richness to the relationship between teacher and student.But all these questions remain vague or hypothetical. The humanoid robot examples cited are exceptional, and it's clear that as long as they aren't present in our daily lives, we can only formulate hypotheses, and opinion polls will only reveal unfounded apprehensions.It's currently difficult to speak of "social acceptance" when the uses themselves are still unknown. In the meantime, we can simply observe these experimental initiatives, keeping in mind that our society's reference points are evolving alongside these new technologies.
Les variations culturelles géographiquesLes attentes vis-à-vis de ces robots varient selon les régions du monde, reflétant des valeurs culturelles profondément différentes.Dans les pays des BRICS+, loin de la vision occidentale dominante, les modèles culturels évoluent très vite avec l'apparition d'une nouvelle classe moyenne assez jeune qui créé une dynamique en faveur de l'adoption de nouvelles technologies en rupture, à la manière de la génération occidentale des trente glorieuses dans les années 1960.
Geographic and cultural variationsExpectations regarding these robots vary across regions of the world, reflecting deeply different cultural values.In the BRICS+ countries, far from the dominant Western outlook, cultural models are evolving very quickly with the emergence of a fairly young new middle class, creating momentum in favor of adopting disruptive new technologies—much like the Western generation of the postwar boom years in the 1960s.

Sophia de Hanson Robotics au sommet "Future Investment Initiative" à Riyad en 2017En 2017, l'Arabie saoudite a accordé la citoyenneté au robot Sophia lors du sommet "Future Investment Initiative" à Riyad. Ce geste symbolique marque la volonté de valoriser l'adoption rapide de nouvelles technologies, avec un double objectif. D'une part la diversification économique pour réduire la dépendance au pétrole, et d'autre part modernisation de l'image internationale pour attirer talents et investisseursCe coup médiatique interroge. Peut-on être citoyen sans conscience, sans responsabilité légale ?De son côté, le Japon explore la notion de "personnalité électronique", un statut juridique intermédiaire permettant d'attribuer certains droits et responsabilités aux IA avancées.Habituée à la présence de robots de compagnie depuis plus de 20 ans, la population japonaise éprouve moins ce malaise que les populations occidentales. Notre culture façonne notre seuil de tolérance.
Sophia by Hanson Robotics at the "Future Investment Initiative" summit in Riyadh, 2017In 2017, Saudi Arabia granted citizenship to the robot Sophia at the "Future Investment Initiative" summit in Riyadh. This symbolic gesture signals a determination to showcase rapid adoption of new technologies, with a twofold goal. On one hand, economic diversification to reduce dependence on oil, and on the other, modernizing the country's international image to attract talent and investors.This media stunt raises questions. Can one be a citizen without consciousness, without legal responsibility?For its part, Japan is exploring the notion of "electronic personhood," an intermediate legal status allowing certain rights and responsibilities to be assigned to advanced AIs.Accustomed to the presence of companion robots for more than 20 years, the Japanese population feels less unease than Western populations. Our culture shapes our threshold of tolerance.

Paro, le robot Japonais destiné à accompagner les personnes âgées atteintes d'Alzeimer en 2005Face au vieillissement démographique du pays, le soin aux personnes âgées est un sujet sensible. Des robots comme Paro en 2005 ou Pepper en 2015 sont déployés en maisons de retraite. Comme l'explique Cécile Dolbeau-Bandin en 2021 dans son ouvrage "Un robot contre Alzheimer. Approche sociologique de l'usage du robot Paro dans un service de gériatrie" les résultats sont encourageants : réduction de l'anxiété, stimulation cognitive.En Europe, depuis 2023 nous commençons à déployer les robots Mirokaï dans les structures hospitalières. La réduction de l'anxiété est le premier avantage, apprécié par les populations fragiles comme les personnes âgées, les enfants, les personnes atteintes de maladies chroniques. Mais il est aussi apprécié par les thérapeutes qui trouvent ici un assistant dans le soutien moral du patient. Ce dernier devient plus coopératif et le thérapeute peut se focaliser sur ses soins. D'autres outils plus spécifiques sont ensuite déployés sur cette plateforme en fonction des besoins.
Paro, the Japanese robot designed to accompany elderly people with Alzheimer's, 2005Given the country's aging population, elder care is a sensitive issue. Robots such as Paro in 2005 or Pepper in 2015 have been deployed in retirement homes. As Cécile Dolbeau-Bandin explains in her 2021 book "Un robot contre Alzheimer. Approche sociologique de l'usage du robot Paro dans un service de gériatrie," the results are encouraging: reduced anxiety, cognitive stimulation.In Europe, since 2023 we have begun deploying Mirokaï robots in hospital settings. Reduced anxiety is the first benefit, appreciated by vulnerable populations such as the elderly, children, and people with chronic illnesses. But it is also appreciated by therapists, who find in it an assistant for the patient's emotional support. The patient becomes more cooperative, and the therapist can focus on the treatment itself. Other, more specific tools are then deployed on this platform depending on the needs.

Avec 700 millions de caméras de surveillance, la Chine compte près d’une caméra pour deux personnes, contre 5 000 caméras en agglomération parisienne. Aussi la population est d'avantage prête à croiser dans les espaces publics un robot humanoïde pour le maintien de l'ordre. Cela rassure même une partie de la population pour qui la conscience aiguë de l'intérêt général prime sur les intérêts personnels.
With 700 million surveillance cameras, China has nearly one camera for every two people, compared to 5,000 cameras across the Paris metropolitan area. As a result, the population is more prepared to encounter a humanoid robot for maintaining public order in shared spaces. This even reassures part of the population, for whom a keen awareness of the collective interest takes precedence over personal interests.

PM01 développés par EngineAI
Avec un design masculin marqué et dissuasif, le PM01 a été développés par EngineAI. Encore à l'état de test, Il est capable de prendre des décisions autonomes ou semi-autonomes, notamment sur le signalement d'infractions et assure pour le moment un rôle de patrouilleur dissuasif.
PM01, developed by EngineAI
With a pronounced, deterrent-oriented masculine design, the PM01 was developed by EngineAI. Still in the testing phase, it is capable of making autonomous or semi-autonomous decisions, particularly regarding the reporting of offenses, and currently serves as a deterrent patrol unit.
Premières réponses aux questions éthiques liées à la "promesse" du designPeut-on déléguer à une machine une décision de vie ou de mort ?Que ce soit pour le maintien de l'ordre publique ou dans le domaine militaire, cette question est moralement essentielle.Les "robots tueurs autonomes" (LAWS - Lethal Autonomous Weapon Systems) font l'objet d'une campagne internationale pour leur interdiction. L'argument central : seul un humain peut porter le poids moral d'ôter une vie. Confier cette décision à un algorithme, c'est franchir une ligne rouge anthropologique.Actuellement, les dispositifs concernés par cette question sont essentiellement des logiciels militaires d'interprétation et de désignation de cibles assistés par l'IA.Les architectures récentes d'IA multiagent peuvent améliorer la fiabilité des réponses à un résultat entre 98% et 99%, avec un filtrage efficace des "hallucinations" du modèle, une contextualisation par graph, du reinforcement learning pour créer des bases de données spécialisées, et des tests de validation rigoureux. Ce résultat est sans commune mesure avec les IA grand publique qui tournent autour de 60% à 90%. Et pur autant, dans ces domaines sensibles, c'est un humain expert qui interprète le résultat final.La dimension physique d'un robot autonome ajoute au sujet un côté spectaculaire médiatique, surtout s’il affirme un design agressif, la "promesse" n'est pas rassurante.Mais en pratique, cela complexifie le développement et l'utilisation, notamment pour que le système ne se retourne pas contre l'utilisateur. Les professionnels de l'ordre publique et les militaires sont d'avantage intéressés par des systèmes semi autonomes sur lesquels il garde le contrôle. Ils développent des solutions spécifiques à un usage précis, voir même dans la plupart des cas, une robotique simplement fonctionnelle non léthale.
Early answers to the ethical questions raised by the "promise" of designCan a life-or-death decision be delegated to a machine?Whether for public order enforcement or in the military domain, this question is morally essential."Autonomous killer robots" (LAWS – Lethal Autonomous Weapon Systems) are the subject of an international campaign calling for their ban. The central argument: only a human can bear the moral weight of taking a life. Entrusting this decision to an algorithm means crossing an anthropological red line.Currently, the systems actually concerned by this question are essentially military software programs for AI-assisted target interpretation and designation.Recent multi-agent AI architectures can improve the reliability of results to between 98% and 99%, through effective filtering of model "hallucinations," graph-based contextualization, reinforcement learning to build specialized databases, and rigorous validation testing. This result is in a different league from consumer-facing AI, which hovers around 60% to 90%. And even so, in these sensitive domains, a human expert interprets the final result.The physical presence of an autonomous robot adds a spectacular, media-friendly dimension to the subject, and if it displays an aggressive design, the "promise" it conveys is far from reassuring.But in practice, this makes development and use more complex, particularly to ensure the system cannot turn against its user. Public order professionals and military personnel are more interested in semi-autonomous systems over which they retain control. They develop solutions tailored to specific uses, or, in most cases, simply functional, non-lethal robotics.

LS3 AlphaDog de Boston DynamicsEn 2012 Boston Dynamics avait présenté un robot quadrupède "mule" de soutien logistique pour l'armée, le LS3 AlphaDog, conçue avec la même architecture que Spot en plus imposant, pour assister les soldats dans le transport de matériel jusqu’à 180kg dans des zones escarpées. Les Marines ont pu tester ce prototype en entrainement, mais le bruit de la mini turbine à gaz manquait de discrétion pour un usage réel en zone de combat, ce qui a conduit à la suspension du programme.En 2022, six entreprises de robotique ont publié une lettre ouverte à l'industrie de la robotique dénommée "General Purpose Robots Should Not Be Weaponized"En l'absence de règlementation stricte, elles reconnaissent que « l'ajout d'armes à des robots qui sont télécommandés ou commandés de manière autonome, largement disponibles au public et capables de naviguer vers des endroits auparavant inaccessibles où les gens vivent et travaillent, soulève de « nouveaux risques de préjudice et de graves problèmes éthiques ». Dans la lettre, Boston Dynamics, Agility Robotics, ANYbotics, Clearpath Robotics, Open Robotics et Unitree s'engagent moralement à « ne pas militariser nos robots polyvalents à mobilité avancée ou les logiciels que nous développons qui permettent la robotique avancée et nous ne soutiendrons pas d'autres personnes à le faire ».Ils précisent que « lorsque cela est possible, nous examinerons attentivement les applications prévues par nos clients pour éviter une éventuelle militarisation », et ajoutent l'engagement « d'explorer le développement de fonctionnalités technologiques qui pourraient atténuer ou réduire ces risques ».A noté que ce communiqué ne mentionne rien concernant l'utilisation de leurs robots à des fins de surveillance et de reconnaissance aux côtés d'unités militaires ou de policiers. Et effectivement, pour le moment il existe plutôt des robots de surveillance et d'intervention pacifiques.
LS3 AlphaDog by Boston DynamicsIn 2012, Boston Dynamics unveiled a quadruped "mule" robot for military logistics support, the LS3 AlphaDog, built on the same architecture as Spot but larger, designed to help soldiers carry up to 180 kg of equipment across rugged terrain. Marines were able to test the prototype during training, but the noise from its small gas turbine engine wasn't discreet enough for real combat-zone use, which led to the program being shelved.In 2022, six robotics companies published an open letter to the robotics industry titled "General Purpose Robots Should Not Be Weaponized."In the absence of strict regulation, they acknowledged that adding weapons to robots that are remotely or autonomously operated, widely available to the public, and capable of navigating to previously inaccessible places where people live and work raises new risks of harm and serious ethical concerns. In the letter, Boston Dynamics, Agility Robotics, ANYbotics, Clearpath Robotics, Open Robotics, and Unitree made a moral commitment not to weaponize their general-purpose, advanced-mobility robots or the software they develop that enables advanced robotics, and pledged not to support others in doing so.They further stated that, where possible, they would carefully review their customers' intended applications to avoid potential weaponization, and added a commitment to exploring the development of technological features that could mitigate or reduce these risks.It's worth noting that this statement says nothing about the use of their robots for surveillance and reconnaissance alongside military or police units. And indeed, for now, the robots that exist in this space are more oriented toward peaceful monitoring and response.

Robot policier RT-G de Rotunbot en phase de test à Wenzhou, en Chine.Le robot policier RT-G (Rotunbot) par exemple, a été développé en 2025 en Chine pour des missions de patrouille et intervention, sans arme léthale. Loin de la forme humanoïde, avec un pneu sphérique, ses 150kg, et ses 10h d'autonomies, il est capable de neutraliser un individu à l’aide d’un filet ou de lancer des gaz lacrymogènes ou des fumigènes. Contrairement aux robots humanoïdes classiques, il est très rapide, environ 30 km/h, et a une bien meilleure capacité de résistance aux chocs pour résister aux tentatives de destruction.Pour le moment contrôlé à distance, la société envisage de le doter de capacités autonomes. Il a été filmé en essais avec la police à Wenzhou (Zhejiang) et présenté dans des vidéos promotionnelles qui ont fait le tour des réseau sociaux.Son design "fonctionnel" ne cherche pas à promettre la répression par un archétype humanoïde d'autorité "Alpha", mais il n'en a pas besoin. Les codes visuels de sa forme géométrique sombre et compacte ainsi que sa mobilité sont suffisamment parlantsEn cas de décès à la suite de la décision d'un robot autonome, qui est responsable ?Un robot chirurgical qui assiste une opération complexe prend-il des "décisions" ? Un véhicule autonome confronté à un dilemme moral, comme sacrifier son passager ou un piéton, fait un choix éthique programmé à l'avance. Où placer le curseur ? Un robot domestique blesse accidentellement quelqu'un : qui est responsable ? Le propriétaire ? Le fabricant ? Le concepteur de l'algorithme ?Ces questions sont légitimes d’un point de vue humain, mais biaisées du point de vue de la machine, qui n’a ni conscience, ni intention. Une IA ne fait pas la différence entre le monde réel et le monde virtuel. Il traite des données, pas des situations vécues. Comme pour toute machine complexe, c’est la qualité de l’architecture du système, de son entraînement et de sa validation, qui conditionne la fiabilité de son action.En cas de dommage ou d’accident, la responsabilité reste humaine. Mais serait-ce désormais celle de l’équipe qui l'a conçu, validé et déployé plutôt que celle de l'utilisateur ? Car la "promesse" de l'IA et de leurs développeurs est bien de soulager l'utilisateur dans ses prises de décisions.
RT-G police robot by Rotunbot, in testing phase in Wenzhou, ChinaThe RT-G police robot (Rotunbot), for instance, was developed in 2025 in China for patrol and intervention missions, without lethal weapons. Far from the humanoid form, with a spherical wheel, weighing 150 kg, and offering 10 hours of battery life, it is capable of neutralizing an individual with a net or by deploying tear gas or smoke grenades. Unlike conventional humanoid robots, it is very fast, around 30 km/h, and has much greater impact resistance to withstand attempts at destruction.Currently remotely controlled, the company plans to give it autonomous capabilities. It has been filmed in trials with police in Wenzhou (Zhejiang) and featured in promotional videos that went viral on social media.Its "functional" design doesn't try to convey authority through a humanoid "alpha" archetype, but it doesn't need to. The visual codes of its dark, compact geometric shape, along with its mobility, speak for themselves.If someone dies as a result of an autonomous robot's decision, who is responsible?
Does a surgical robot assisting in a complex operation make "decisions"? A self-driving car facing a moral dilemma, such as sacrificing its passenger or a pedestrian, makes an ethical choice that was programmed in advance. Where should the line be drawn? A domestic robot accidentally injures someone: who is responsible? The owner? The manufacturer? The algorithm's designer?These questions are legitimate from a human standpoint, but skewed from the machine's standpoint, since it has neither consciousness nor intention. An AI doesn't distinguish between the real world and the virtual world. It processes data, not lived experience. As with any complex machine, it's the quality of the system's architecture, its training, and its validation that determines the reliability of its actions.In the event of harm or an accident, responsibility remains human. But would it now fall to the team that designed, validated, and deployed the system, rather than to the user? Because the very "promise" made by AI and its developers is to relieve the user of the burden of decision-making.

Cette question est déjà débattue dans le cas des véhicules autonomes, et les experts sont partagés. Autant la responsabilité d'une personne physique peut être engagé, autant un système autonome peut diluer cette responsabilité dans la chaine de développement et rendre certains cas insolubles. Les procédures d'enquête de l'aviation civile, où l'avionique comprends de nombreux systèmes autonomes, pourraient servir de modèle. Mais elles sont longues, complexes, couteuses et destiné d'avantage à des procédures collective qu'à un accident individuel.
This question is already being debated in the case of autonomous vehicles, and experts remain divided. While the liability of a natural person can be clearly established, an autonomous system can dilute that responsibility across the development chain, making some cases impossible to resolve. Civil aviation investigation procedures, where avionics involve numerous autonomous systems, could serve as a model. But they are long, complex, costly, and better suited to collective proceedings than to an individual accident.
Itérations d'architectures et réglementation :Nous vivons aujourd’hui en IA une phase d’itération rapide des architecture systèmes, notamment avec l'IA générative agentique.
Les outils de développement sont nombreux, fréquemment mis à jour, et les combinaisons d’architectures deviennent presque infinies. De nouvelles approches émergent chaque mois, tandis que certaines méthodes, considérées fiables hier, deviennent rapidement obsolètes.Il viendra un moment où cette dynamique va ralentir au profit de la multiplication des applications. Les architectures seront standardisées à des domaines permettant de fiabiliser la gestion des risques. Des bonnes pratiques seront alors établies, enseignées, intégrées dans de nouvelles normes ISO, et probablement inscrites dans la législation.L'Europe a pris les devants avec l'AI Act, adopté en 2024. Ce règlement classe les IA par niveau de risque et impose des contraintes proportionnées. Les robots humanoïdes destinés au grand public entrent dans les catégories à risque élevé, nécessitant transparence, traçabilité et supervision humaine.
Architecture iteration and regulation:We are currently in a phase of rapid iteration in AI system architectures, particularly with generative agentic AI. Development tools are numerous, frequently updated, and the possible combinations of architectures have become almost infinite. New approaches emerge every month, while some methods considered reliable yesterday quickly become obsolete.There will come a point when this pace slows down in favor of a proliferation of applications. Architectures will become standardized within specific domains, making risk management more reliable. Best practices will then be established, taught, incorporated into new ISO standards, and likely written into legislation.Europe has taken the lead with the AI Act, adopted in 2024. This regulation classifies AI systems by level of risk and imposes proportionate constraints. Humanoid robots intended for the general public fall into the high-risk categories, requiring transparency, traceability, and human oversight.

Gestion des risques par l'AI ActLes Dispositifs Médicaux bioniques sont en avance sur ces sujets, car la règlementation est très exigeantes avec la question de la sécurité pour les utilisateurs, même en classe I (dispositifs externes, non implantés)
Ces normes comme l'ISO 133485 en Europe ou la 21 CFR Part 820 / QSR de la FDA aux USA, posent des contraintes élevées qui facilitent la transposition des technologies aux autres secteurs.
Risk management under the AI ActBionic medical devices are ahead on these issues, since regulation is very demanding when it comes to user safety, even for Class I devices (external, non-implanted).
Standards such as ISO 13485 in Europe or the FDA's 21 CFR Part 820 / QSR in the USA impose strict requirements, which makes it easier to transfer these technologies to other sectors.

Wandercraft chez Renault avec Calvin-40Par exemple, Wandercraft a pu assez facilement adapter ses solutions médicales, comme l'exosquelette Atalante, aux normes de l'industrielles automobile pour développer leur cobot Calvin-40 avec Renaut.
Ainsi les mains bioniques facilitent l'intégration des robots humanoïdes dans notre société, comme l'avait prédit Masahiro Mori.
Wandercraft at Renault with Calvin-40For example, Wandercraft was able to fairly easily adapt its medical solutions, such as the Atalante exoskeleton, to automotive industry standards in order to develop its Calvin-40 cobot with Renault.
In this way, bionic hands are helping humanoid robots integrate into our society, just as Masahiro Mori had predicted.
Conclusion : choisir les robots que nous méritonsNous sommes à un point de bascule. Les robots humanoïdes ne relèvent plus de la science-fiction ou du laboratoire. Ils s'apprêtent à peupler nos usines, nos hôpitaux, nos foyers. Mais contrairement aux révolutions technologiques précédentes, le besoin de nous différencier de ces machines nous confronte directement à une question existentielle, "qu'est-ce qui définit l'humanité ?"Le design de ces robots, leur apparence, leur comportement, leur rôle, n'est pas qu'une question technique ou marketing. C'est un miroir tendu à notre société. Des robots hyperréalistes qui miment l'humain révèlent peut-être un désir de maîtrise totale, ou d'autres ombres de notre inconscient. Des robots ostensiblement artificiels mais attachants suggèrent que nous cherchons moins des substituts humains que des compagnons d'un nouveau genre. Des robots purement fonctionnels indiquent une relation instrumentale, où la machine reste à sa place d'outil.Aucun de ces choix n'est neutre. Aucun n'est universel. La "Humanoid French Touch" dont parlent les innovateurs français s'enracine dans notre culture : un certain sens de l'élégance, un équilibre entre fonction et émotion, une méfiance vis-à-vis de l'utilitarisme pur. C'est précieux car cela signifie que nous gardons une capacité de décision, nous ne subissons pas une robotique univoque venue d'ailleurs.Deux scénarios s'esquissent pour les prochaines décennies. Le premier : nous développons un écosystème diversifié de robots, chacun adapté à un contexte, un usage, une sensibilité culturelle. A la manière de l'automobile, les robots japonais auront une approche différente des robots occidentaux eux même différents des robots américains. Les robots français joueront la carte de l'élégance fonctionnelle. Cette diversité enrichit.Le second scénario est moins réjouissant. Par manque de dynamique entrepreneurial innovante, à la manière des smartphones, quelques géants technologiques imposeront leurs standards, uniformisant designs et interactions. Nous perdons alors la capacité de choisir nos compagnons robotiques. Ils nous sont simplement fournis, et nous ne maîtriserons plus les paramétrages profonds.Entre ces deux futurs, notre responsabilité collective est engagée. Les concepteurs doivent intégrer une rigueur éthique dans la "promesse" de leur design, pas comme une contrainte a posteriori. Les législateurs doivent anticiper sans brider l'innovation. Et nous, utilisateurs potentiels, devons exiger transparence et contrôle.Une dernière question reste ouverte : jusqu'où voulons-nous que les robots nous ressemblent ? Ma pratique en bionique m'a appris qu'il n'y a pas de réponse unique. Certains patients veulent une prothèse invisible, d'autres la transforment en œuvre d'art. De même, certains adoreront un robot compagnon presque humain quand d'autres préféreront une altérité assumée.L'essentiel est que ce choix nous appartienne. Que nous ne dérivions pas, par inattention ou fascination technique, vers des robots qui nous ressemblent trop, ou trop peu. Car c'est dans cet écart soigneusement calibré entre similarité et différence que se joue la possibilité d'une cohabitation harmonieuse.Les robots que nous créons disent qui nous sommes. Prenons le temps de nous demander qui nous voulons être.
Conclusion: choosing the robots we deserveWe are at a tipping point. Humanoid robots are no longer confined to science fiction or the laboratory. They are about to populate our factories, our hospitals, our homes. But unlike previous technological revolutions, the need to differentiate ourselves from these machines confronts us directly with an existential question: "What defines humanity?"The design of these robots, their appearance, their behavior, their role, is not merely a technical or marketing matter. It is a mirror held up to our society. Hyperrealistic robots that mimic humans may reveal a desire for total mastery, or other shadows of our unconscious. Overtly artificial yet endearing robots suggest that we are seeking less a human substitute than a companion of a new kind. Purely functional robots point to an instrumental relationship, where the machine stays in its place as a tool.None of these choices is neutral. None is universal. The "Humanoid French Touch" that French innovators speak of is rooted in our culture: a certain sense of elegance, a balance between function and emotion, a wariness of pure utilitarianism. This is valuable, because it means we retain the capacity to choose—we are not simply subjected to a single, uniform robotics imposed from elsewhere.Two scenarios are taking shape for the coming decades. The first: we develop a diverse ecosystem of robots, each suited to a particular context, use, and cultural sensibility. Much like the automotive industry, Japanese robots will follow a different approach from Western robots, which will in turn differ from American ones. French robots will play the card of functional elegance. This diversity is enriching.The second scenario is less encouraging. For lack of innovative entrepreneurial momentum, much as happened with smartphones, a handful of tech giants will impose their own standards, homogenizing designs and interactions. We would then lose the ability to choose our robotic companions. They would simply be handed to us, and we would no longer control the deeper settings.Between these two futures, our collective responsibility is at stake. Designers must build ethical rigor into the "promise" of their design, not bolt it on as an afterthought. Lawmakers must anticipate without stifling innovation. And we, as potential users, must demand transparency and control.One last question remains open: how far do we want robots to resemble us? My work in bionics has taught me that there is no single answer. Some patients want an invisible prosthesis; others turn it into a work of art. Likewise, some will love an almost-human companion robot, while others will prefer a clearly asserted otherness.What matters most is that this choice remains ours. That we don't drift, through carelessness or technical fascination, toward robots that resemble us too much, or too little. Because it is in that carefully calibrated gap between similarity and difference that the possibility of harmonious cohabitation is decided.The robots we create say something about who we are. Let's take the time to ask ourselves who we want to be.
Guillaume Bonifas : Entrepreneur en Robotique, MedTech, Clinicien, Expert en solutions bioniques et IA Physique.
Article écrit en Décembre 2025 - Mise à jour en Juillet 2026
Guillaume Bonifas: Robotics and MedTech Entrepreneur, Clinician, Expert in Bionic Solutions and Physical AI.
Article written in december 2025 - Updated in Jully 2026
Carl Jung, "Collected Works of C. G. Jung, Vol. 9, Part 1 - Archetypes and the Collective Unconscious" (1959)
Ortony, A., Norman, D. A., & Revelle, W. (2005). “Affect and proto-affect in effective functioning” Who needs emotions, 173-202.
Cécile Dolbeau-Bandin. "Un robot contre Alzheimer - Approche sociologique de l'usage du robot Paro dans un service de gériatrie" (2021)
LAURA KUNOLD, Ruhr University Bochum, NIKOLAI BOCK and ASTRID ROSENTHAL-VON DER PÜTTEN, RWTH Aachen University, "Not All Robots are Evaluated Equally: The Impact of Morphological Features on Robots’ Assessment through Capability Attributions" (2023)
Dean Aaron Ollah Mobed, Andrew Wodehouse and Anja Maier, "The aesthetics of robot design: towards a classification of morphologies" (2024)---
CONTACT
Restons connectés
Let's connect
Pour toute question, opportunité de collaboration ou prise de contact, envoyez votre message par e-mail, sur LinkedIn, ou via les liens ci-dessous. Votre retour critique constructif sera également apprécié.
For any questions, collaboration opportunity, or introduction, send a message by email, on LinkedIn, or through the links below. Your constructive feedback will also be appreciated.

